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IA et Loi 25 : checklist de documentation pour les établissements québécois

Qu'exige la Loi 25 pour vos outils IA ? L'IA Act européen s'applique-t-il à votre CEGEP ou université ? Checklist de documentation pour établissements d'enseignement supérieur au Québec, 2026.

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Équipe Skolbot · 25 juin 2026

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Sommaire

  1. 01Loi 25, IA et enseignement supérieur : le cadre québécois en 2026
  2. 02Ce que la Loi 25 exige pour vos outils IA
  3. L'Évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP)
  4. Transparence sur les décisions automatisées
  5. Désignation d'un responsable de la protection des renseignements personnels
  6. 03L'IA Act européen s'applique-t-il à votre CEGEP ou université ?
  7. 04Checklist de documentation : Loi 25 en priorité, IA Act en complément
  8. Pour un chatbot d'information et d'admissions
  9. Pour un outil de sélection ou de présélection des candidatures
  10. 05Le projet de loi C-27 (LIAD) : où en est-on au niveau fédéral ?
  11. 06Qui fait quoi dans votre établissement : répartition des responsabilités
  12. 07Plan d'action pour un établissement québécois

Loi 25, IA et enseignement supérieur : le cadre québécois en 2026

Les CEGEP, universités et établissements d'enseignement supérieur du Québec qui déploient des outils d'intelligence artificielle — chatbot, outil de gestion des admissions, plateforme d'apprentissage adaptatif — ont des obligations de documentation concrètes. Ces obligations découlent principalement de la Loi 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels), dont les dernières phases sont entrées en vigueur le 22 septembre 2023.

Parallèlement, l'IA Act européen entre dans sa phase critique le 2 août 2026. Il ne s'applique pas automatiquement aux établissements québécois — mais il peut vous concerner si vous utilisez des fournisseurs d'IA établis dans l'Union européenne ou si vous recrutez activement des étudiants résidant en Europe. Ce guide clarifie les deux cadres et vous donne une checklist de documentation adaptée au contexte québécois.

Un point de vocabulaire important : au Québec, on parle de renseignements personnels (et non de « données personnelles »), de courriel (et non d'« email »), et de baccalauréat pour désigner le diplôme universitaire de premier cycle — équivalent de la licence française, pas du diplôme secondaire. Cette terminologie est utilisée tout au long de cet article. Pour comprendre la classification des risques sous l'IA Act, notre guide de classification IA Act pour établissements complète cette analyse.

Ce que la Loi 25 exige pour vos outils IA

La Loi 25 modifie la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (LPRPSP) et la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels pour les organismes publics. Elle introduit plusieurs obligations directement applicables aux systèmes d'IA.

L'Évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP)

C'est l'obligation la plus importante pour tout nouvel outil IA intégrant des renseignements personnels. L'EFVP (équivalent québécois de l'analyse d'impact sur la protection des données) est obligatoire dès lors qu'un projet implique la collecte, l'utilisation ou la communication de renseignements personnels susceptibles de présenter des risques élevés pour la vie privée des personnes concernées.

Un chatbot d'admissions qui collecte le nom, le courriel, le numéro de programme souhaité et l'historique de conversation d'un futur étudiant entre clairement dans ce cadre. Un outil de scoring qui traite le dossier académique d'un candidat au baccalauréat ou à la maîtrise, a fortiori.

L'EFVP doit être réalisée avant la mise en service de l'outil, pas après. Elle doit documenter : les renseignements personnels collectés, les risques pour la vie privée identifiés, les mesures d'atténuation prévues, et le nom de la personne responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP) qui a approuvé le déploiement.

La Commission d'accès à l'information du Québec (CAI) est l'autorité compétente pour l'application de la Loi 25. Elle a publié des lignes directrices sur l'EFVP que tout responsable de la protection des renseignements personnels dans un établissement d'enseignement supérieur devrait connaître.

Transparence sur les décisions automatisées

L'article 12.1 de la Loi 25 (LPRPSP) impose que toute personne ayant fait l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé de renseignements personnels soit informée de ce fait et puisse demander une révision humaine de la décision ainsi que des renseignements permettant de comprendre les paramètres utilisés.

Pour un CEGEP ou une université qui utilise un outil IA pour présélectionner les candidatures : si cet outil produit une décision d'admission ou d'exclusion sans intervention humaine, l'étudiant a le droit d'en être informé et d'exiger une révision. Cette procédure doit être documentée et effective.

Désignation d'un responsable de la protection des renseignements personnels

La Loi 25 impose à tout organisme de désigner un responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP). Le nom et les coordonnées du RPRP doivent être publiés sur le site Web de l'établissement. Ce RPRP est l'interlocuteur naturel pour piloter la conformité IA.

L'IA Act européen s'applique-t-il à votre CEGEP ou université ?

L'IA Act ne s'applique pas automatiquement au Québec. Mais plusieurs situations créent une exposition partielle.

Vous utilisez un fournisseur d'IA dont le siège ou l'infrastructure est dans l'UE. Les grands fournisseurs de LLMs et de plateformes de chatbot ont souvent des entités européennes et une infrastructure partiellement hébergée en Europe. Votre contrat avec ce fournisseur peut inclure des clauses de conformité IA Act qui créent des obligations indirectes pour vous en tant que déployeur.

Vous recrutez activement des étudiants résidant dans l'UE. Les universités québécoises attirent de nombreux étudiants français, belges ou d'autres pays européens. Si votre site web et votre chatbot ciblent délibérément ces personnes, l'article 50 de l'IA Act — obligation d'identification du chatbot comme système d'IA — peut s'appliquer.

La règle pratique : si votre site web et votre chatbot sont accessibles depuis la France ou la Belgique et que vous avez des étudiants provenant de ces pays, l'identification du chatbot comme système d'IA est à la fois une obligation IA Act probable et une bonne pratique que la CAI encouragerait.

Checklist de documentation : Loi 25 en priorité, IA Act en complément

Pour un chatbot d'information et d'admissions

72 % des questions posées aux chatbots d'établissements sont des FAQ simples automatisables (Source : analyse de 12 000 conversations Skolbot, 2025-2026). Un chatbot bien configuré gère cet usage courant — questions sur les programmes, les conditions d'admission, les dates limites de dépôt de dossier — sans exposer l'établissement à des risques de conformité disproportionnés, à condition que la documentation soit en ordre.

DocumentLoi 25 (obligatoire)IA Act (si applicable)
EFVP réalisée avant déploiementObligatoireObligatoire (Annexe III haut risque)
Politique de confidentialité mentionnant le chatbotObligatoireObligatoire
Identification du chatbot comme système IA dans l'interfaceBonne pratique (art. 12.1)Obligatoire (art. 50)
Contrat de sous-traitance avec le fournisseurObligatoire (art. 18.3)Obligatoire si fournisseur UE
Procédure d'escalade vers un conseiller humainBonne pratiqueBonne pratique (art. 26)
Publication du nom du RPRP sur le site WebObligatoireNon applicable

Un chatbot IA répond en 3 secondes 24h/24, contre 72h pour un formulaire de contact (Source : audit Skolbot 2025). Pour un CEGEP ou une université avec des milliers d'étudiants potentiels qui posent des questions à toute heure, ce gain est structurant. Une identification IA visible — « Je suis l'assistant virtuel de [Nom de l'établissement]. Pour rejoindre un conseiller, cliquez ici. » — remplit simultanément la bonne pratique Loi 25 et l'obligation IA Act si applicable.

Pour un outil de sélection ou de présélection des candidatures

DocumentLoi 25 (obligatoire)IA Act (si applicable)
EFVP complète avec analyse des risquesObligatoireObligatoire
Procédure de révision humaine documentéeObligatoire (art. 12.1)Obligatoire (art. 26 §2)
Information aux candidats sur le traitement automatiséObligatoire (art. 12.1)Obligatoire (art. 26 §6)
Documentation technique du système (fournisseur)Bonne pratiqueObligatoire (Annexe IV)
Politique de journalisation des traitementsRecommandé par CAIObligatoire
Déclaration de conformité du fournisseur (IA Act)Non applicableObligatoire si fournisseur UE

Le projet de loi C-27 (LIAD) : où en est-on au niveau fédéral ?

Le projet de loi C-27 (Loi sur l'intelligence artificielle et les données — LIAD), déposé en 2022, visait à créer un cadre fédéral canadien de réglementation de l'IA. À la date de publication de cet article, ce projet de loi n'a pas été adopté et demeure en étude au Parlement. Il n'est pas en vigueur.

Pour les établissements québécois soumis à la Loi 25, la LIAD aurait une portée principalement sur les systèmes IA à incidence élevée dans un contexte interprovincial ou international. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVP) suit également les développements en IA.

Pour les CEGEP et universités québécois, la Loi 25 est le cadre réglementaire applicable en premier lieu. La LIAD, si elle est adoptée, viendra s'y ajouter — mais ne la remplacera pas pour les aspects de protection des renseignements personnels.

Qui fait quoi dans votre établissement : répartition des responsabilités

Responsable de la protection des renseignements personnels (RPRP) Pilote l'EFVP, approuve le déploiement de tout nouvel outil IA, reçoit les demandes d'accès et de correction des personnes concernées, et est l'interlocuteur de la CAI en cas d'enquête.

Direction des technologies de l'information Met en place les mesures de sécurité techniques, configure l'identification IA dans l'interface du chatbot, assure la journalisation des traitements, et gère les contrats avec les fournisseurs tiers.

Direction des admissions Documente la procédure de révision humaine pour les outils de scoring, informe les candidats du traitement automatisé dans les communications d'admission, et identifie les cas nécessitant une intervention humaine.

Juristes ou conseillers en conformité Rédigent et mettent à jour la politique de confidentialité, vérifient les contrats avec les fournisseurs tiers (clauses de sous-traitance, responsabilité en cas de violation), et assurent la veille réglementaire (Loi 25, éventuellement LIAD, IA Act pour les établissements exposés).

Plan d'action pour un établissement québécois

Étape 1 — Inventaire des outils IA en usage (2 semaines) Recensez tous les systèmes IA déployés : chatbot sur le site de l'établissement, plateforme de gestion des candidatures avec fonctionnalités IA, outils d'apprentissage adaptatif, générateurs de contenu utilisés par les équipes de communication, outils RH si dans le périmètre.

Au Québec, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) et la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial (CEEC) publient des orientations sur la gouvernance numérique dans l'enseignement supérieur.

Étape 2 — Priorisation des EFVP à réaliser (2 semaines) Priorisez selon la criticité : les outils qui traitent des renseignements personnels sensibles ou qui produisent des décisions automatisées affectant l'accès à un programme sont en tête de liste.

Étape 3 — Mise en conformité du chatbot (2-3 semaines) La mise à jour de l'interface pour identifier le chatbot comme système IA, la mise à jour de la politique de confidentialité, et la vérification ou signature d'un contrat de sous-traitance avec le fournisseur sont les interventions les plus rapides.

Étape 4 — Documentation des outils de sélection (4-6 semaines) Pour chaque outil de scoring ou de présélection, documentez : la procédure de révision humaine, les informations transmises aux candidats, la politique de journalisation, et — si le fournisseur est dans l'UE — obtenez la documentation technique IA Act.

Pour le choix de vos fournisseurs de chatbot, notre article sur les fournisseurs de chatbot conformes donne des critères de sélection adaptés au contexte canadien. Pour les obligations de protection des renseignements personnels des étudiants au sens large, notre guide données étudiantes et Loi 25 complète cette checklist.

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FAQ

La Loi 25 s'applique-t-elle aux universités québécoises et aux CEGEP ?

Oui. Les universités et CEGEP québécois — qu'ils soient publics ou privés — sont soumis aux dispositions de la Loi 25. Les organismes publics sont couverts par la Loi sur l'accès modifiée par la Loi 25 ; les établissements privés par la LPRPSP. Dans les deux cas, les obligations relatives à l'EFVP, à la désignation d'un RPRP, et à la transparence sur les décisions automatisées s'appliquent.

Un CEGEP doit-il réaliser une EFVP pour son chatbot existant déjà en service ?

La Loi 25 impose l'EFVP pour tout projet qui collecte, utilise ou communique des renseignements personnels. Si votre chatbot a été déployé avant l'entrée en vigueur complète de la Loi 25 sans EFVP, il est fortement recommandé d'en réaliser une maintenant. La CAI peut demander à consulter cette documentation en cas d'enquête.

Quelle est la différence entre l'EFVP (Loi 25) et l'analyse d'impact (RGPD ou IA Act) ?

Ces trois instruments servent le même objectif — documenter les risques d'un traitement pour les droits des personnes — mais leurs exigences formelles diffèrent. L'EFVP québécoise est définie par la CAI dans ses lignes directrices publiées sur cai.gouv.qc.ca. Si vous devez également produire une DPIA pour un fournisseur UE, les deux documents se recouvrent en grande partie — un seul processus d'évaluation peut alimenter les deux.

Quelles sanctions risque-t-on en cas de non-conformité à la Loi 25 ?

La CAI peut imposer des amendes administratives pécuniaires allant jusqu'à 25 millions de dollars canadiens ou 4 % du chiffre d'affaires mondial de l'organisation pour les violations les plus graves. Des sanctions pénales sont également prévues. Au-delà des amendes, la CAI peut ordonner des mesures correctives et publier ses décisions, ce qui représente un risque réputationnel significatif pour les établissements dont la réputation est un facteur de recrutement.


Cet article a une visée informative générale et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute décision relative à vos obligations spécifiques au titre de la Loi 25 ou d'autres textes applicables à votre établissement, consultez un professionnel du droit ou votre responsable de la protection des renseignements personnels.

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